Les concepts de l'histoire des religions : Polythéisme, monothéisme, hénothéisme, animisme, etc.
David Hume rédigea vers 1750 l’
Histoire naturelle de la religion, texte qui est considéré comme l'un des tous premiers essais modernes d'
histoire des religions[108].
Hume organise cette histoire autour des idées de polythéisme et de
monothéisme, considérant que, dans l'histoire, la religion est passée
progressivement du
polythéisme au
monothéisme. Cette idée d'une évolution religieuse de l'humanité du
polythéisme vers le
monothéisme devient un lieu commun de la pensée des religions à l'époque des Lumières.
À partir du
XIXe siècle,
moment auquel on tente de constituer l'histoire des religions en
science, l'idée d'une évolution religieuse de l'humanité est relayée
par celle d'
évolutionnisme culturel qui, chez
Max Müller, fait explicitement écho à la théorie de l'évolution des espèces de Darwin.
Max Müller
accordait aussi une importance extrême aux problèmes de classifications
des religions. Cherchant a établir les principes et les méthodes de la
science des religion, estimait qu'il s'agissait d'un lieu de
vérification de la scientificité de l'étude des religion :
« Toute
science véritable repose sur la classification, et c'est seulement dans
le cas où il nous serait impossible de classer les différents langages
de la foi que nous aurions a reconnaître qu'une science de la religion
est véritablement impossible[109]. »
Max Müller
a envisagé une évolution religieuse de l'humanité différente de ce
qu'avaient pensé les Lumières tout en reprenant les concepts de
monothéisme et de polythéisme. Il considérait que l'humanité avait
d'abord été dans une forme de monothéisme relatif en un temps où elle
ne formulait pas clairement ses conceptions religieuses. Ce monothéisme
initial se précise ensuite en diverses formes de religions dont celle
du monothéisme absolu et celle du polythéisme. Pour décrire ces formes
de religions plus évoluées, Müller a aussi introduit le concept de
kathénothéisme,
un intermédiaire entre le monothéisme et le polythéisme en ce qu'il
est, pour Müller, la préférence pour un dieu sans exclure qu'il y en
ait plusieurs. Dans le
kathénothéisme ou
hénothéisme
(nom abrégé du même concept), ceux qui se rapportent à un dieu ne
s'occupent que de lui et lui assignent tous les attributs de la
divinité, mais le dieu auquel va la préférence du culte est susceptible
de changer avec le temps. Müller a précisé ce concept à partir de
certaines formes de religion en Inde.
Au-delà de sa formulation initiale par Müller, le concept
d'hénothéisme a connue des fortunes diverses, parfois tenu pour un
intermédiaire dans une échelle évolutive qui va du polythéisme vers le
monothéisme, parfois tenu pour être la forme originelle de toute
religion avant sa détermination en des monothéismes et des
polythéismes. De ce fait, le terme n'a plus une signification bien
précise, si ce n'est celles que lui donnent les auteurs qui l’emploient.
Edward Burnett Tylor, (1832-1917)
Contemporain de Müller, l'
anthropologue britannique
Edward Burnett Tylor a introduit le concept d'
animisme
pour désigner les religions des sociétés dites « primitives ». Ce
concept a eu beaucoup de succès jusque dans les premières décennies du
XXe siècle, devenant « l'un des termes de référence majeurs de l'histoire de l'ethnologie religieuse »
[110]. Il est encore aujourd'hui utilisé dans le langage courant ou dans les statistiques, comme un
mot fourre-tout désignant l'ensemble de ce qui, ne relevant pas des religions théistes s'appuyant sur des textes sacrés, est transmis par des
traditions orales[111].
Le concept de
chamanisme
n'est guère plus précis que ceux d'animisme ou de religion primitive.
Le terme a fait son entrée parmi ceux fréquemment utilisés en histoire
des religions avec
Mircea Eliade. Le
chamanisme
se rapporte en premier lieu à la religion traditionnelle des population
de Sibérie et d'Asie centrale, mais, par extension, le terme est aussi
employé pour désigner des religions en d'autres lieux et d'autres
temps, c'est-à-dire des religions ailleurs dites animistes ou
primitives. À ces expressions peuvent aujourd'hui être préférées celles
de religions traditionnelles ou ethniques.